Irène Colin
26 January 2009 @ 10:25 am

J’eus mon bac mention très bien. « Pas étonnant pour quelqu’un qui cartonne comme toi en sciences ». Comme je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire, je me contentai de suivre Allison en fac de bio. Carlo avait voulu m’emmener en Espagne l’été où j’ai eu mon bac, mais j’avais refusé, et lorsqu’il m’avait demandé pourquoi, j’ai seulement dit que je préférais que nos routes se séparent ici et maintenant ; après un an d’une passion merveilleuse, et seulement un mois d’activité sexuelle très… active… Je n’avais plus d’attirance pour Carlo ; comme si la seule raison de mon désir avait été le fait qu’il ne se passe justement rien. Dès lors l’accomplissement de l’acte sexuel avait mis fin au charme.

            J’avais beau être sorti un an avec lui, ni lui ni moi ne semblâmes plus touchés que cela de cette rupture, peut-être à cause du bac qui approchait, ou parce qu’on savait que de toute façon les études nous sépareraient. Moi en fac de bio, lui en école de… heu… je sais plus quoi mais en école… Il aurait fallu plus qu’une passion pour nous réunir : de l’amour.

            La fac, c’était cool. La liberté de faire ce qu’on voulait, y compris, ne rien faire… Je manquai en beauté mon 1er semestre. Mais mes parents s’en contrefichaient. Mon père était gaga de sa Séphora, ma mère accomplissait son rêve d’avoir un deuxième enfant… Et moi je n’accomplissais rien. Souvent je tchattais avec Leira, partie à Paris accomplir son rêve, et je me disais que j’aurai pu être vétérinaire aussi, après tout, j’aimais les animaux.

            Lorsque je foirai mon deuxième semestre, alors qu’Allison passait en deuxième année les doigts dans le nez, j’eus la sensation d’avoir zappé une année de ma vie. J’allais en cours pourtant… Bon, ok, je m’alignais soirée étudiante sur soirée étudiante, mais j’allais en cours, même claquée. Qu’est-ce qui n’allait pas chez moi.

            A l’écurie, où j’avais toujours mon petit job, M. Jean mon ancien prof me demandait souvent comment se passaient les cours ; avant, j’éludais la question, mais ce jour de mai, deux semaines après avoir appris mes résultats foireux, je fondis en larmes :

- Ma vie ne ressemble à rien ! Je ne sais pas ce que je serai plus tard !

- Oh eh bien… Pourquoi ne pas prendre une année sabatique ?

- Une année sabatique ?

- Oui, tu fais le tour du monde, tu t’investis dans une cause humanitaire, enfin je ne sais pas moi, tu donnes un sens à ta vie.

            Cette discussion illumina ma vie… Le soir-même, je me voyais déjà donner de la soupe à manger à quelques pauvres africains… Le lendemain, l’enthousiasme retombé, je n’avais aucune envie de donner dans l’humanitaire. Mais de quitter la fac, ça oui. Peut-être me fallait-il un BTS, comme Ethaniel qui faisait un truc d’infographie… Mais la fac, la liberté, ça non, je ne gérais pas du tout ! Oui, j’allais prendre une année sabatique, mais pour trouver ma voie !

            Ma mère fut entièrement pour cette année introspective, mais mon père était contre. Après avoir passé l’été à débattre sans fin avec mon père, je fis mes valises fin août pour m’installer chez maman qui, elle, me soutenait. Mon père me prévint que si je franchissais le pas de cette maison, je n’y remettrai plus les pieds. Et je franchis le pas. Geste que je regrettai quelques heures plus tard, mais j’avais ma fierté, c’était lui qui m’avait appris à être si forte.

            Maman me pistonna comme caissière à son Géant pour un CDD d’octobre à mars.
 
 
Irène Colin
24 January 2009 @ 02:00 pm
Non, alors je voulais juste préciser pour les Chouilles en puissance (c'est un compliment hein, allez pas croire... Par contre, on va manquer de Tardis dans le garage... Bref), je voulais dire que je m'excuse pour le temps d'attente entre chaque article. Ce temps n'est pas du à un abandon de l'histoire mais au fait que je n'ai pas le temps de poster (d'ailleurs, les articles ne sont guère plus foisonnants sur mon blog perso http://alixxxounette.livejournal.com) donc don't worry !

Si cela peut vous rassurer, sachez que j'ai déjà rédigé les 30 premières années de vie d'Irène, ce qui veut dire qu'il y aura au moins des notes jusque là... Et comme je ne suis pas encore à court d'idée, l'aventure se poursuit donc. Voilà (désolée d'avoir plombé de ce fait le suspense pour ceux qui croyaient qu'elle mourrait à 19 ans égorgée par une meute de loups errants dans les rues de Saint Cyr).

Allez, j'esaie de poster ses 19 et 20 ans dans le week-end (c'est pas sûr) donc enjoy !
 
 
Irène Colin
20 January 2009 @ 11:25 am

            Avec Carlo, tout se passa très vite. Il m’aida une semaine pour les maths, puis nous nous embrassâmes fougueusement (et ça, mamamia, ça n’avait rien à voir avec le bécot vaseux de Jerry), puis nous sortîmes ensemble. Nos sorties, je ne m’en souviens pas vraiment en fait. C’était surtout très câlin et très bisouteux, mais le thème des films ou le parfum des glaces, impossible de s’en souvenir !

           Mon 18ème anniversaire fut l’occasion d’une grande fête en boîte, comme un pied de nez à mon père… Il s’agissait également des 11 mois de Carlo et moi et je sentais qu’on était… prêt. En fait, du plus loin que je creusais, j’avais toujours été prête avec Carlo, il m’avait totalement retourné les hormones ! Mais pour lui, c’était la première fois, et il hésitait un peu. Oui, dans le sud aussi, on hésite.

            J’étais partie dans les toilettes me pomponner et je retrouvai Leira au lavabo, qui était invitée, de même que Reb, Marion, Allison et son Jonathan d’amour, Ethaniel et Yvan (un ami de Jon et Ethaniel), Coralie, et… oups… J’avais accidentellement perdu le numéro d’Augustine, c’est trop bête, non vraiment… Leira s’éclatait comme une folle, elle qui cravachait comme pas permis pour avoir d’excellentes notes pour avoir une chance d’être vétérinaire ! Elle poussa la porte pour sortir des toilettes avant de se tourner vers moi en me disant : « ton bel hidalgo t’attend princesse ! ». Et elle sortit des toilettes. Je rejoins le beau Carlo et l’on s’embrassa langoureusement. L’ambiance était mystique et j’étais un peu pompette. Lui était total foncedé et il glissa sans prudence une main sous mon top noir. J’aimais bien ce coté sauvage, ça allait bien avec la musique, je planais un peu, je n’avais bu que du rhum pourtant… Sans doute le choc hormonal.

            J’avais mis un soutif’ qui se dégraffait sur le devant car on avait prévu de finir la nuit chez lui et je m’étais dit : « au cas où ». Mais quand même, je ne pensais pas que là… Devant les toilettes… Et puis merde, j’avais trop envie de lui quoi ! Je l’entraînai par le colbac vers une cabine des toilettes des filles, j’avais vu ça dans un film porno téléchargé sur internet, c’était cool !

            On était bien dans cette cabine, un peu étroit mais son torse était beau et ses gestes étaient doux et violent à la fois. Nous étions à moitié nu, et alors qu’il déboutonnait mon jean, mon téléphone sonna. Je ne sais pas pourquoi j’ai décroché, mais Carlo n’arrêta pas son investigation pour autant.

-         Irène, c’est Maman.

-         Tu tombes mal !

-         Oh oui, je sais chérie tu fais la fête avec tes amis, mais Eric prononce ses premiers mots c’est fantastique !

-         Mmmm…

Le téléphone tomba brusquement dans les toilettes. Alors c’était ça le point G ?
 
 
Irène Colin
23 December 2008 @ 02:54 pm

         Enfait ça f'sait longtemps qu'il n'y avait pas eu de mon lui* ici
Malgré toutes mes supplications, papa refusa que je fasse mon anniversaire en boîte. C’était injuste, tous mes potes avaient été au moins une fois en boîte, et moi, c’était non, non et non, systématiquement. « Pour tes 18 ans, pas avant ». C’était bien des principes de vieux. Papa était différent. J’aurai cru que savoir maman enceinte d’un autre homme que lui, qui était toujours amoureux d’elle, l’aurait anéanti, mais pas du tout, il était souriant, comme je ne l’avais plus vu depuis longtemps, et Allison me dit qu’il devait avoir une copine.

            Maman dut provoquer son accouchement, car le bébé était attendu pour le 26 février, mais n’était toujours pas né. La date de l’accouchement provoqué fut fixé au 12 mars, et ô surprise ! Ce ne fut pas une petite sœur mais un petit frère ! Je dis en riant à Pierre que ça ne me convenait pas qu’il naisse le même jour que moi, car il allait me saper la vedette ! Mais la vérité était là, mon cadeau d’anniversaire pesait 3kg 250. Avec l’accord de mon père, le bébé fut nommé Eric. Un petit clin d’œil à celui qui était resté non son mari mais du moins un de ses meilleurs amis.

            La vie méritait-elle le prix d’une autre vie pour autant ? Deux jours plus tard, le père de mon père mourut d’une crise cardiaque. Je ne pleurai pas son décès, j’étais affecté, mais c’était une personne que je ne voyais que rarement, et j’étais plus attaché à mes grands parents maternels chez qui j’avais passé une bonne partie de mes été de jeunesse.

Ce fut à l’enterrement que je fis la connaissance de Séphora, la copine de papa. Séphora était très belle et méritait amplement de porter le nom d’une parfumerie. Mais surtout, Séphora était très jeune. 29 ans. Mon père en avait 48… Lorsqu’il me demanda ce que je pensais d’elle, je lui dis simplement qu’elle était trop jeune, et qu’il n’avait pas besoin d’une poupée sortie du berceau pour se prouver qu’il était fringant. Moi je savais bien que mon papa était le plus bel homme du monde… Le plus beau… Après Carlo !

            Carlo était le bel hispanique de ma classe. Il était l’emblême de la beauté méditerranéenne, la preuve qu’un élevage à l’huile d’olive donne des enfants merveilleux. Mais Carlo… était maqué. A une fille en Espagne. Allison, qui au fil des années, avait appris à lire en moi comme dans un livre, me dit que si je tenais à lui, je me devais de foncer : « Une nana en Espagne, c’est pas une concurrence ça ! Allez ! Bats-toi ma belle ! ». Et un jour, cette idiote me poussa violemment dans l’escalier de sorte que je tombe nez à nez avec Carlo :

-         Aaaaaaaaah (oui, c’est approximativement le bruit que je fais en tombant dans l’escalier)

-         Alorrrrrrs mademoiselle, dit-il en me rattrapant, et en me lançant son sourire qui me rendait rouge tomate, faîtes attention.

-         Euh, oui oui.

Il poursuivit sa route en me regardant bizarrement et en me souriant. Je voyais Allison me faire des grands gestes à l’étage au-dessus et je lançai en cri de désespoir :

-         T… Trop dur les maths hein ?!

-         Parrrrrdon ?

Il s’immobilisa :

-         Les maths j’arrive pas !

-         Mais tou as la meillorrrrrrrrrre moyenne aprrrrrès Augoustine.

-         Ouais mais… Les fonctions… Fioulala… D… Dur !

Il me fit un sourire et promit de m’aider un peu. Un étage plus haut, j’entendis le hourra étouffé mais triomphant d’Allison.
 

 
 
Irène Colin
17 December 2008 @ 10:23 am

            Ethaniel était gentil avec moi ; il m’envoyait 12 textos par jour, pour savoir si j’allais bien, me proposait de m’emmener à l’hôpital quand je lui expliquais que je m’étais cassé un ongle pendant le cours d’informatique. Mais Ethaniel m’ouvrait surtout les portes du respect, et c’était un plaisir de déambuler à la cantine en tenant la main d’un garçon, surtout quand on voyait la tête que tirait Nicolas Edmond.

            Nicolas, terminale ES branleur à ses heures perdues, était célibataire, et j’étais sûre qu’il s’intéressait à moi, à la façon dont il me regardait avec jalousie dans les bras d’Ethaniel. Je profitai d’un beau jour d’avril pour lui demander sincèrement des nouvelles d’Anise, et il me montra quelques photos. Anise était notre lien, nous l’aimions aussi fort l’un que l’autre. C’était du moins ce que je croyais car nous passâmes par la suite des journées à en parler, et Ethaniel était jaloux. Je trouvais ça cool que deux garçons se battent pour moi, et un jour de mai, Ethaniel me demanda de choisir. Je lui dis simplement qu’entre Nico et moi, il y avait Anise, et que cela, il ne pouvait pas le comprendre. Il me rétorqua qu’entre moi et lui, il y avait un amour à sens unique, et que ça non plus, je ne le comprendrais jamais. Puis il partit, avant de revenir sur ses pas me cracher enfin à la figure :

-         Nicolas se fout de toi, à ses yeux et aux yeux de ses copains, t’es la petite groupie coconne, mais allez savoir pourquoi les femmes préfèrent les salauds !

Le pire dans cette histoire, c’était qu’Ethaniel avait raison. Enfin célibataire, Nico était à moi. Et pourtant, il ne s’intéressa plus à moi dès l’instant où je fus seul. C’était comme un jeu pour lui, exactement comme j’avais joué avec Ethaniel. Nicolas était peut-être un salaud oui, mais je ne valais pas mieux que lui.

Je pleurai pendant des jours, inconsolable en pensant au mal que j’avais fait. Mon père ne savait pas ce que j’avais, et il proposa que je passe quelques jours chez Maman car entre filles, on pourrait se comprendre. Et il avait raison ; je finis mon mois de juin chez Maman et Pierre, son comptable. Je séchai volontairement les trois derniers jours de cours, de toute façon, le trimestre était fini. Je disais à Maman que je ne me comprenais pas, que je ne me connaissais plus, que je voulais que tout ça finisse, et elle se contentait de m’apporter des mouchoirs et du chocolat chaud. Maman était devenue si responsable en peu de temps. J’appris le mois qui suivit qu’elle était en fait enceinte de ce qui serait ma demi-sœur. Comme si ce qui lui avait tant manqué lui avait été enfin rendu, et j’espérais un jour retrouver cette paix. Et je passai l’été chez Maman, venant le week-end chez Papa, et appréciant de temps en temps la venue de tata, Philippe et Clara.

A la rentrée, je me sentis grandie, et prête à rentrer. Je savais que j’avais fait du mal à des gens biens, et je comptais me racheter. J’avais choisi une 1ère S, plus par volonté de retrouver Ethaniel que par amour des maths. Mes cheveux avaient perdu leur teinture rouge absolument hideuse, et j’avais demandé à l’écurie s’ils pouvaient m’embaucher pour des petits boulots à mi-temps au contact des chevaux, ce qu’ils acceptèrent à grand joie, j’étais appréciée de mon professeur.

Je redevins l’amie d’Ethaniel par l’intermédiaire salvateur de Jonathan, qui sortait toujours avec Allison. Tous deux avaient également fait S, de même que Marion, Augustine, Coralie, Leira et Rebecca. Jennifer et Jerry avaient redoublé leur seconde, et Sophie s’était finalement orientée vers un bac SMS, parce que, disait-elle, elle voulait être utile aux autres.
 
 
Irène Colin
16 December 2008 @ 11:50 am

            Quand j’étais petite, j’étais blonde. Un jour, je devais avoir 7 ans, ma mère m’a amené chez le coiffeur me faire une coupe mignonne au carré ; quand mes cheveux ont repoussé, ils avaient foncé, et aujourd’hui, je trouvais ça nul. Le châtain, c’était la couleur de tout le monde, il fallait que je me démarque, nous étions le 3 septembre, et le lendemain, c’était ma rentrée au lycée ! Je savais que j’allais retrouver Nicolas là-bas, et je voulais qu’il me remarque, aussi me teins-je les cheveux en rouge ! Allison, qui était chez moi ce jour là, me dit que j’étais trop belle. Je ne lui avais pas dit que j’étais amoureuse d’un type. A cause de ma politique comme quoi les mecs ne sont que des cons et je préfèrerai me crever un œil que de tomber dans leur piège de fille de sortir avec des mecs. Mes copines trouvaient cette politique cool, mais quand même, Sophie et Marion avaient un mec. Seule Allison respectait mon combat au point de le partager.

            Je ne leur avais pas parlé de ma mésaventure avec Jerry non plus. Il n’y avait qu’Augustine et Coralie qui savaient, à cause de cette grognasse d’Augustine qui, un jour à l’équitation, s’était amusée à me traiter de pucelle de la langue. Je n’avais pas compris son comportement sur le coup. Nous n’étions peut-être pas les meilleures amies du monde, mais enfin, nous n’étions plus ennemies depuis la primaire tout de même ! Et Coralie qui la suivait comme un petit chien, elle avait plus de caractère avant pourtant ! Tout le monde changeait en ce moment, et pas toujours en bien d’ailleurs. Une semaine après qu’elle m’ait traité de la sorte, Augustine sortait avec Jerry, et je comprenais mieux l’origine de l’embrouille. Jalousie. J’avais toujours été si jalouse d’Augustine que pas une fois je ne m’étais imaginé qu’elle puisse l’être de moi. J’avais éprouvé du mépris pour Augustine… Mais 3 jours après qu’elle commence à sortir avec Jerry, son cheval était mort d’une maladie bizarre que le véto ne parvenait pas à identifier. Nombre de chevaux dont Anise avaient été évacués de l’écurie. Je n’avais beau ne plus monter Anise depuis quelques années (je montais de grands chevaux désormais), son absence me démotiva une fois pour toute de poursuivre l’équitation pour mon année de seconde.

            Le jour de la rentrée fut un jour merveilleux ; on était tous autant paumés les uns que les autres, et tout le monde se disait bonjour. Je revis Leira durant toute une récré ; elle me dit qu’elle voulait être véto plus tard et qu’elle était désolée pour Matador, le cheval d’Augustine, dont elle avait appris la tragédie. C’est à cet instant que je me rendis compte que je n’avais aucun projet professionnel.

            Les deux objectifs de mon année de seconde furent d’abord de me faire connaître de Nicolas (ce que je réussis en beauté en lui renversant un yaourt sur le jean au mois d’octobre), et ensuite de me connaître moi. Mais le vrai nom des conseillère d’orientation étant conseillère de désorientation, j’étais encore plus larguée en sortant de son bureau qu’en y entrant. Elle m’avait expliqué que vu mes grandes capacités en maths, je devrais être programmatrice, mais moi, je n’avais pas vraiment de passion… A part Anise… Et peut-être les garçons aussi (mais chut, c’est top secret !).

            Allison abandonna la lutte du célibat endurci en sortant avec Jonathan Dubois début février. Non contente de sa lâcheté, elle se mit en tête de me foutre dans les pattes l’abruti d’intello de meilleur pote de Jonathan, Ethaniel Marchand. Ethaniel n’était pas franchement laid, et il rompait bien avec le mythe du rat de bibliothèque boutonneux à lunettes. Mais il était passionné de jeux vidéo. Il me proposa de sortir avec lui tout début mars, et comme toutes mes amies avaient un petit copain, j’acceptai à contrecoeur.
 
 
Irène Colin
14 December 2008 @ 12:11 pm

Ma mésaventure avec Jerry m’avait servi de leçon et je n’adressai donc pas la parole à Nicolas, malgré mon attirance. De toute façon, l’amour ne rimait à rien. Maman et Pierre ne s’entendaient plus depuis qu’il lui avait dit qu’il voulait des enfants, et papa et maman étaient la preuve que l’amour était voué à l’échec. Allison et Maxence avaient rompu peu avant les grandes vacances, après 8 mois d’une aventure plus ou moins chaotique, et la question que Sophie, Marion, Jennifer et moi nous posions sans cesse était : avaient-ils couché ensemble. Allison semblait se plaire à maintenir le mystère. Et tandis que nous papotions de tout cela pendant le cours d’histoire, le prof nous réprimanda. Ce à quoi je m’entendis dire, sans vraiment croire que cela pouvait sortir de ma bouche, que si son cours n’était pas si chiant, on ne serait pas forcé de parler ! Il me colla sur le champ, ce qui me valut une sacrée trempe de la part de mon père.

Ma colle tomba un mercredi dans l’après-midi. Je fus la première à venir à la colle, car le prof m’informa que quelqu’un d’autre devait venir :

-         Qui d’autre est collé monsieur ?

-         Jerry Dufresnes.

Je me décomposai. Cette année, Jerry et moi n’étions pas dans la même classe, c’est pourquoi j’ignorais la raison de sa colle. Nous eûmes 150 lignes à recopier pendant une heure. A la fin de la colle, je comptais partir sans lui adresser la moindre parole. Mais ce fut lui qui me parla :

-         Irène, tu crois qu’on se reparlera un jour ?

Je ne le regardais pas, et à voir, cette scène devait ressembler à un soap américain.

-         C’est à cause de toi qu’on me montre du doigt en disant Irène Poubelle, elle préfère les rateaux aux pelles, non ?

-         Je n’avais pas le choix.

Mes affaires rangées, je me dirigeai vers la sortie. Il me retint par le bras. Le prof était sorti juste avant nous, et je me dis « heureusement, la honte sinon ».

-         Irène qu’est-ce qui s’est passé, t’étais une fille cool avant. T’aurais jamais bavé des conneries sur tes amis.

-         D’où que tu crois me connaître toi ?

-         Je crois pas, mais c’était sympa quand on traînait ensemble, et puis j’aimais bien la clope du matin… avec toi.

Nos regards se croisèrent, et ce que je craignais inconsciemment arriva. Ce fut avec Jerry que je partageai mon premier baiser. Ca n’avait rien de ce bonheur merveilleux dont parlait le magazine Girls qu’on lisait avec les copines. Le geste était agréable, mais l’ambiance était pourrie, et j’avais l’impression d’avoir gâché un des grands instants de ma vie. Je lançai d’une voix écoeurée : « Ne m’approche plus ».

Je rentrai chez moi sans une considération pour mon père et claquai la porte bruyamment. J’avais de quoi ruiner pour toujours la réputation de Jerry et me venger du mal qu’il m’avait fait. Mais à quoi bon, et puis était-ce vraiment lui qui m’avait embrassé, ou moi qui l’avait embrassé ? Bon sang non, je ne l’aimais pas lui, c’était Nicolas que j’aimais non ? Je ne comprenais rien ! Vie de merde.
 
 
Irène Colin
13 December 2008 @ 07:12 pm

Je ne fis pas de fête pour mon anniversaire, c’était trop ringard. Il n’y eut qu’un repas en famille où je revis Philippe, et nous passâmes l’aprèm à zoner ensemble. Je lui demandais ce qu’il pensait du collège et il me disait qu’il s’était fait de nouveaux potes. Je lui demandai s’il avait déjà fumé et il me dit que taty Andrée le lui avait interdit.

-         Mais elle a pas le droit de t’interdire, et puis mon père dit qu’il faut toujours goûter avant de dire non.

C’est ainsi que j’initiai Philippe à la cigarette. Il toussota, et cela nous fit bien rire. Il me dit que c’était dégueulasse. C’était son choix, moi j’avais fait le mien. Et nous nous promîmes de ne pas en parler à nos parents respectifs.

Au collège, il y avait des bruits qui courraient, car Marion en pinçait pour Jerry. Je lui dévoilai quelques faits croustillants sur la jeunesse de Jerry. Cela revint jusqu’aux oreilles de Jerry, qui, blessé, cracha enfin au grand jour le rateau monumental qu’il m’avait collé un beau matin au CE2. Je me sentis tellement, tellement mal. Allison prit ma défense en disant qu’il n’était qu’un gros dégueulasse et que de toute façon, tout ça c’était du passé. Et je lui en fus reconnaissante.

Mais là où j’oubliais tout, c’était avec Anise. Plus de Jerry, plus d’idiots pour se moquer de moi… Juste elle et moi galopant. Un soir d’avril, après mon cours, un homme vêtu d’un costume élégant arriva à l’écurie, suivi d’un jeune homme coiffé à la James Blunt. Le gars chic vint papoter avec mon professeur d’équitation puis vint me voir :

-         Bonjour, je suis Charles Edmond, et voici Nicolas, dis bonjour Nicolas

Le sosie de James Blunt m’adressa un sourire en coin et un timide bonjour. Il était beau. M. Edmond poursuivit :

-         Je suis le propriétaire d’Anise.

Je saisis la main qu’il me tendait et lui répondis d’un sourire franc :

-         Bonjour Monsieur. Je suis Irène Colin.

Nicolas étouffa un rire. Ce n’était pas la première fois que quelqu’un riait en entendant mon prénom. Et depuis l’histoire avec Jerry au collège, cela devenait courant de lire « Irène Poubelle » sur les murs des toilettes. Je lui lançai un regard noir, mais le propriétaire enchaîna :

-         Nous sommes venu voir si tout allait bien pour notre Anise.

-         Eh bien comme vous voyez, dis-je en poursuivant le brossage, c’est moi qui la chouchoute aujourd’hui.

-         Nous avons discuté avec M. Jean ton professeur, apparemment, tu demandes souvent à la monter.

-         Oh… Oui, assez, on s’entend vraiment bien, elle et moi. C’est une jument formidable.

Nous papotâmes un bon moment, et M. Edmond, homme charmant, me proposa de passer chez eux quand je le désirais. Nicolas ne m’adressa pas la parole, mais je le revis de temps en temps, accompagnant son père quand il venait prendre des nouvelles de sa ponette. Nicolas était beau mais inaccessible, et il n’était pas rare que je pense à lui avant de m’endormir.
 

 
 
Irène Colin
12 December 2008 @ 11:29 am

nousCe fut le jour de mon anniversaire que cela me parut vraiment flagrant. J’avais invité Coralie, Augustine, Leira, Jerry, ainsi que de nouvelles connaissances du collège : Maxence et Rebecca. Maxence était le nouveau grand pote de Jerry, son Alexandre de substitution depuis que le collège les avait séparé, et ils n’arrêtaient pas de délirer ensemble. Rebecca était la grande amie de Leira, elles étaient dans la même classe et partageaient des trips que je ne comprenais pas. Quant à Coralie et Augustine, elles s’entendaient si ouvertement bien que je me sentais être la laissée pour compte ; quand tout Laurel avait son Hardy, moi je n’avais rien, personne, seulement mon gâteau et moi.

Philippe et sa famille n’étaient pas là car Clara avait attrapé des poux et en avait infesté toute la famille. J’ignorais ce qu’étaient les poux, ou plutôt, j’avais eu la chance de n’avoir jamais à faire à eux. Mais le fait était que je m’ennuyais ferme à ma propre fête d’anniversaire, et le seul avantage était de voir papa et maman réunis, même si beau papa était là… Mais je m’entendais plutôt bien avec le comptable de maman, gentil bien que timide, pas très doué avec les enfants visiblement.

Dans les jours qui suivirent, cette exclusion se poursuivit et je m’investis dans l’équitation pour compenser. Je découvris en le cheval un véritable ami, et j’eus surtout des affinités avec mon demi-poney que je montais depuis février, Anise de la Plaine. Anise était tendre, avait des yeux immenses et une robe sombre et je lui devais mes plus beaux trots, c’était elle qui était douée, pas moi. Battre Augustine ne m’intéressait plus, ce qui me plaisait, c’était de monter à cheval, point. Et avec Anise, la corvée du brossage devint une réelle complicité.

A l’école, je traînais toujours avec Augustine et Coralie, et elles m’acceptaient sans problème, même si je sentais bien que pour l’une comme pour l’autre, je n’étais que la « 2ème meilleure amie ». Parler de tout ça à Papa, que je voyais tous les jours, me semblait impossible, en revanche, je me confiais à Maman qui me disait souvent que je me faisais des idées et que de toute façon, je devais rester telle que je suis. Je ne me sentais pas vraiment entendue, ni comprise.

Je partis deux fois en vacances cet été. Au mois de juillet chez les grands parents une semaine comme chaque été (la semaine coïncidant avec l’arrivée de Philippe), et au mois d’août, deux semaines à Lacanau, avec Maman et Pierre son comptable.

A la rentrée en 5ème, je n’étais plus dans la classe d’Augustine et Coralie, et quelque part, je le vécus bien, comme la chance de rencontrer de nouvelles personnes, de me faire de nouveaux amis. Dans ma classe en revanche, il y avait Jerry et Maxence, et je traînai avec eux les premiers jours. Ils étaient cools, entre Jerry et moi, la hache de guerre avait été enterrée depuis belle lurette et Maxence était drôle. Un matin d’octobre, Maxence amena du tabac et nous en proposa. C’est ainsi que je fumai ma première clope, et comme c’était bon, je réitérai l’opération, sans que mes parents n’en sachent rien. Tous les matins avant les cours, nous fumions tous les trois ensemble notre petite clope, et c’était cool quoi.

Lorsque Maxence sortit avec Allison le 13 octobre, je fus aussitôt propulsée dans un club d’amis génial : celui des copines d’Allison, Marion, Sophie et Jennifer. Le mercredi après-midi, nous nous retrouvions toutes les cinq et nous sortions faire du shopping à Tours. On discutait garçon et people, et j’avais enfin l’impression d’appartenir à un clan.
 
 
Irène Colin
01 December 2008 @ 10:44 am

Je me souviens de notre année de CM2 comme une année de complicité flagrante entre tous les membres de la classe, aussi appréhendai-je tant l’entrée au collège. Moi qui avais mis 5 ans à me faire autant d’amis, tout allait être remis en cause avec mon entrée en 6ème où j’allais être mêlée à nombre de nouvelles têtes.

Le collège était grand, et le jour de la rentrée, je serrais fort la main de papa qui m’avait emmené pour le 1er jour plutôt que de me laisser prendre le car. Coralie surgit de la foule avec son sourire digne d’une pub freedent :

-         On est dans la même classe Irène, on est dans la même classe !

-         Et Leira ?

-         Non elle est dans une autre classe…

J’étais très fière d’être avec Coralie, cela me rassurait ; pour autant, l’absence de Leira serait très pesante…

Dans notre classe, il y avait également Augustine et Jerry. Augustine vint dès les premiers jours traîner avec Coralie et moi, sans doute par peur d’être seule. Elle parlait beaucoup, Augustine, de son poney et du fait qu’elle faisait de l’équitation. Coralie dit que le cheval, c’était génial et que sa sœur en avait pratiqué quand elle était plus jeune. Augustine lui conseilla de venir s’inscrire à son club d’équitation, et comme je ne voulais pas être exclue, je demandai à mon père de m’y inscrire. Mon père avait les moyens, et il était très content de me voir m’investir dans une activité extra-scolaire, car c’était selon lui la meilleure façon de tourner la page sur la séparation d’avec maman… Papa ne comprenait toujours pas que la personne la plus sincèrement touchée par cette perte, c’était surtout lui.

Les cours d’équitation étaient un formidable passe-temps. Au début, je ne montais que des poneys, et ce n’était pas très drôle de les brosser. Augustine avait son propre poney, Matador, qu’elle montait à chaque leçon avec grande fierté. Il était très haut et elle m’expliqua que ce n’était pas un poney mais un demi-poney, et qu’il était plus grand qu’un poney mais plus petit qu’un cheval. J’étais jalouse du talent d’Augustine et je voulus faire des progrès vite, pour pouvoir monter un grand cheval !