J’eus mon bac mention très bien. « Pas étonnant pour quelqu’un qui cartonne comme toi en sciences ». Comme je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire, je me contentai de suivre Allison en fac de bio. Carlo avait voulu m’emmener en Espagne l’été où j’ai eu mon bac, mais j’avais refusé, et lorsqu’il m’avait demandé pourquoi, j’ai seulement dit que je préférais que nos routes se séparent ici et maintenant ; après un an d’une passion merveilleuse, et seulement un mois d’activité sexuelle très… active… Je n’avais plus d’attirance pour Carlo ; comme si la seule raison de mon désir avait été le fait qu’il ne se passe justement rien. Dès lors l’accomplissement de l’acte sexuel avait mis fin au charme.
J’avais beau être sorti un an avec lui, ni lui ni moi ne semblâmes plus touchés que cela de cette rupture, peut-être à cause du bac qui approchait, ou parce qu’on savait que de toute façon les études nous sépareraient. Moi en fac de bio, lui en école de… heu… je sais plus quoi mais en école… Il aurait fallu plus qu’une passion pour nous réunir : de l’amour.
La fac, c’était cool. La liberté de faire ce qu’on voulait, y compris, ne rien faire… Je manquai en beauté mon 1er semestre. Mais mes parents s’en contrefichaient. Mon père était gaga de sa Séphora, ma mère accomplissait son rêve d’avoir un deuxième enfant… Et moi je n’accomplissais rien. Souvent je tchattais avec Leira, partie à Paris accomplir son rêve, et je me disais que j’aurai pu être vétérinaire aussi, après tout, j’aimais les animaux.
Lorsque je foirai mon deuxième semestre, alors qu’Allison passait en deuxième année les doigts dans le nez, j’eus la sensation d’avoir zappé une année de ma vie. J’allais en cours pourtant… Bon, ok, je m’alignais soirée étudiante sur soirée étudiante, mais j’allais en cours, même claquée. Qu’est-ce qui n’allait pas chez moi.
A l’écurie, où j’avais toujours mon petit job, M. Jean mon ancien prof me demandait souvent comment se passaient les cours ; avant, j’éludais la question, mais ce jour de mai, deux semaines après avoir appris mes résultats foireux, je fondis en larmes :
- Ma vie ne ressemble à rien ! Je ne sais pas ce que je serai plus tard !
- Oh eh bien… Pourquoi ne pas prendre une année sabatique ?
- Une année sabatique ?
- Oui, tu fais le tour du monde, tu t’investis dans une cause humanitaire, enfin je ne sais pas moi, tu donnes un sens à ta vie.
Cette discussion illumina ma vie… Le soir-même, je me voyais déjà donner de la soupe à manger à quelques pauvres africains… Le lendemain, l’enthousiasme retombé, je n’avais aucune envie de donner dans l’humanitaire. Mais de quitter la fac, ça oui. Peut-être me fallait-il un BTS, comme Ethaniel qui faisait un truc d’infographie… Mais la fac, la liberté, ça non, je ne gérais pas du tout ! Oui, j’allais prendre une année sabatique, mais pour trouver ma voie !
Ma mère fut entièrement pour cette année introspective, mais mon père était contre. Après avoir passé l’été à débattre sans fin avec mon père, je fis mes valises fin août pour m’installer chez maman qui, elle, me soutenait. Mon père me prévint que si je franchissais le pas de cette maison, je n’y remettrai plus les pieds. Et je franchis le pas. Geste que je regrettai quelques heures plus tard, mais j’avais ma fierté, c’était lui qui m’avait appris à être si forte.
Maman me pistonna comme caissière à son Géant pour un CDD d’octobre à mars.

Ethaniel était gentil avec moi ; il m’envoyait 12 textos par jour, pour savoir si j’allais bien, me proposait de m’emmener à l’hôpital quand je lui expliquais que je m’étais cassé un ongle pendant le cours d’informatique. Mais Ethaniel m’ouvrait surtout les portes du respect, et c’était un plaisir de déambuler à la cantine en tenant la main d’un garçon, surtout quand on voyait la tête que tirait Nicolas Edmond.
Quand j’étais petite, j’étais blonde. Un jour, je devais avoir 7 ans, ma mère m’a amené chez le coiffeur me faire une coupe mignonne au carré ; quand mes cheveux ont repoussé, ils avaient foncé, et aujourd’hui, je trouvais ça nul. Le châtain, c’était la couleur de tout le monde, il fallait que je me démarque, nous étions le 3 septembre, et le lendemain, c’était ma rentrée au lycée ! Je savais que j’allais retrouver Nicolas là-bas, et je voulais qu’il me remarque, aussi me teins-je les cheveux en rouge ! Allison, qui était chez moi ce jour là, me dit que j’étais trop belle. Je ne lui avais pas dit que j’étais amoureuse d’un type. A cause de ma politique comme quoi les mecs ne sont que des cons et je préfèrerai me crever un œil que de tomber dans leur piège de fille de sortir avec des mecs. Mes copines trouvaient cette politique cool, mais quand même, Sophie et Marion avaient un mec. Seule Allison respectait mon combat au point de le partager.
Ma mésaventure avec Jerry m’avait servi de leçon et je n’adressai donc pas la parole à Nicolas, malgré mon attirance. De toute façon, l’amour ne rimait à rien. Maman et Pierre ne s’entendaient plus depuis qu’il lui avait dit qu’il voulait des enfants, et papa et maman étaient la preuve que l’amour était voué à l’échec. Allison et Maxence avaient rompu peu avant les grandes vacances, après 8 mois d’une aventure plus ou moins chaotique, et la question que Sophie, Marion, Jennifer et moi nous posions sans cesse était : avaient-ils couché ensemble. Allison semblait se plaire à maintenir le mystère. Et tandis que nous papotions de tout cela pendant le cours d’histoire, le prof nous réprimanda. Ce à quoi je m’entendis dire, sans vraiment croire que cela pouvait sortir de ma bouche, que si son cours n’était pas si chiant, on ne serait pas forcé de parler ! Il me colla sur le champ, ce qui me valut une sacrée trempe de la part de mon père.
Je ne fis pas de fête pour mon anniversaire, c’était trop ringard. Il n’y eut qu’un repas en famille où je revis Philippe, et nous passâmes l’aprèm à zoner ensemble. Je lui demandais ce qu’il pensait du collège et il me disait qu’il s’était fait de nouveaux potes. Je lui demandai s’il avait déjà fumé et il me dit que taty Andrée le lui avait interdit.
Ce fut le jour de mon anniversaire que cela me parut vraiment flagrant. J’avais invité Coralie, Augustine, Leira, Jerry, ainsi que de nouvelles connaissances du collège : Maxence et Rebecca. Maxence était le nouveau grand pote de Jerry, son Alexandre de substitution depuis que le collège les avait séparé, et ils n’arrêtaient pas de délirer ensemble. Rebecca était la grande amie de Leira, elles étaient dans la même classe et partageaient des trips que je ne comprenais pas. Quant à Coralie et Augustine, elles s’entendaient si ouvertement bien que je me sentais être la laissée pour compte ; quand tout Laurel avait son Hardy, moi je n’avais rien, personne, seulement mon gâteau et moi.
Je me souviens de notre année de CM2 comme une année de complicité flagrante entre tous les membres de la classe, aussi appréhendai-je tant l’entrée au collège. Moi qui avais mis 5 ans à me faire autant d’amis, tout allait être remis en cause avec mon entrée en 6ème où j’allais être mêlée à nombre de nouvelles têtes.